BLEU (2017)

(adjectif qualificatif né quelque part entre les étoiles et la barbarie)

BLEU ©Laurent Paillier

BLEU ©Laurent Paillier

Tout commence par une couleur restée longtemps silencieuse : le Bleu. Aucune valeur, aucun symbole, ne lui était associé. Elle n'est entrée dans le champ social qu'au 12ème siècle et est devenue tour à tour, mariale, royale, morale puis populaire. 

Bleu explore le mouvement de cette couleur, issue des ténèbres et s'élançant vers la lumière, à l'intérieur d'un dispositif rectangulaire, lui-même cerné d'un noir insondable et cerclé d'un blanc diaphane. Cette forme géométrique, qui n'existe pas à l'état naturel, confère à ce dispositif une allure de monolithe dont la présence reste à élucider, mais à l'intérieur duquel naîtront quelques esquisses : le corps royal, encombré d'Histoire et d’apparat dont on devine la silhouette par la droiture qu'une telle contrainte de poids exige, le corps puissant dépouillé de son bleu de travail, le corps léger des baigneuses...

 

Cette naissance permanente est accompagnée par un univers sonore qui évoluera, à partir d'une nappe aux lignes indistinctes, vers le rythme, le son signifiant d'une rivière, pour aboutir à une musique qui pourrait bien être éternelle.

 

D'abord il n'y a rien, puis il y a un rien profond, ensuite il y a une profondeur bleue.

Gaston Bachelard

 

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Considérer le bleu comme forme achevée du Blanc, ultime étape avant le Noir, temps suspendu qui contemple l'éphémère jusqu'à la dissolution.

 

Chaque tâche de bleu, même la plus infime, transporte avec elle son lot d'éternité.

 

La contemplation du bleu éveille les lignes de forces du corps né du vide, dont la présence se manifeste comme une perpétuelle actualisation de l'être, oscillant entre l'apparition, massive, de la chair, et l'existence vaporeuse des figures qu'il incarne.

 

Le bleu fonctionne comme une caisse de résonance...

 

Le dispositif choisi prête forme à la dimension auratique qui enveloppe les corps. Sa forme monolithique s'oublie derrière sa transparence.

 

Il peut apparaître en tout lieu, comme une flaque se niche au creux d'une faille laissée dans la pierre, la terre ou le bitume, et déploie, à l'instar du Bleu, de fugaces évocations pour interroger le regard sans jamais l'assouvir.

 

Le bleu comme instant vibratoire, ouvre la porte de l'inconciliable tension entre épaisseur de la matière et nébuleuse des formes, décristallisant les images qui auraient pu se fixer sur nos rétines pour favoriser le moment, énigmatique, du seul jaillissement. Car sous les profondeurs du magma bleu, sommeillent l'ensemble des possibles d'un corps rêvé.

Marie Reverdy, pour La Zampa

Dispositif BLEU ©Denis Rateau

Dispositif conçu pour différents types de lieux :

Théâtres / Salles polyvalentes / Salles de concert (dans la fosse ou sur scène) 

Gymnases / Eglises, chapelles / Hangars / Granges (aménagées) / Salles de répétition

Studios de danse / Halls d’établissements / Petits amphithéâtres / Friches...  

Dispositif BLEU ©Denis Rateau

Olivier Hespel

pour le festival Uzès Danse 2017

 

Avec cette nouvelle création, Magali Milian et Romuald Luydlin nous invitent à expérimenter l’abstraction et à goûter « au plaisir d’entrer dans les profondeurs », pour reprendre leur expression. Car si la couleur bleue est bien leur point de départ, leur ambition n’est pas de vous emporter dans l’immensité d’un ciel sans nuages ou de vous faire humer la douceur d’une lavande : ils préfèrent envisager leur bleu comme une ultime respiration avant le noir.

À la fois cachés et exposés à l’intérieur d’un étroit cube de tulle foncé, deux corps dérivent de métamorphose en métamorphose. Dans une forte proximité avec le public, ils jouent avec les matières et les chairs, le tangible et l’à peine perceptible…

Plus troublant et mystérieux que sombre et inquiétant, leur bleu profond dessine un autre espace-temps, résolument pluriel et contrasté. Une expérience des sens. Une troublante immersion. Aussi inspirante qu’aspirante.

 

ENTRETIEN

 

Olivier Hespel : Quel est le point de départ de BLEU ? 

Magali Milian : L'envie d'une écriture basée sur une forme de commencement. Nous avions cette intention un peu difficile à nommer de vouloir, avec ce projet, se situer là où l'image apparaît, on ne sait pas quoi, mais quelque chose commence, prend forme, et le temps et le regard se chargent de le nommer... C'est comme ça que le bleu dans son apparition nous a intéressé. (...) Ce désir d'une émergence un peu immatérielle a très vite impliqué une réflexion autour du format particulier qu'il fallait pour que ce type d'envie se matérialise. Nous souhaitions également que ce projet existe et circule dans des lieux nouveaux pour nous. (...) En 2011, nous avons crée Requiem. Cette pièce a eu la chance de jouer dans des lieux insolites, voire improbables. Mais qui dit lieux différents (hors des théâtres), dit aussi à chaque fois une adaptation scénique complexe et un rapport au public à retrouver pour chaque lieu. (...) Avec BLEU, nous voulions revenir à ce type d'expérimentation mais cette fois avec un objet réellement pensé, en termes de dispositif, pour trouver sa place dans de nombreuses configurations, et nous permettant de poser un objet chorégraphique dans des lieux peu visités par la danse contemporaine, tout en cherchant une forme de proximité avec le public.

 

Olivier Hespel : Et quelle est la particularité de ce dispositif, précisément ? 

Magali Milian :Il fallait que ce dispositif puisse fonctionner hors cadre, et donc qu'il soit une scène en lui-même. Nous voulions également qu'il puisse concentrer les regards, l'attention. Et qu'il puisse à la fois contenir et faire émerger les images. Car il nous paraissait important que cette question de l'émergence du bleu, son bouillonnement, son épaisseur, trouve une résonance dans le dispositif choisi. C'est ainsi que nous est venue l'idée d'une boîte en tulle noir de trois mètres sur quatre. Une forme géométrique à l'allure de monolithe, à la fois opaque et transparent.

 

Olivier Hespel : Pourquoi ce tulle entre public et danseurs, cette sorte de barrière en somme, alors que vous voulez travailler avec la proximité ? 

Magali Milian : Ce tulle noir permet d'avoir une surface fermée mais pas enfermée. Il permet d'avoir un filtre pour écrire la lumière et travailler les matières. Il permet de jouer avec les perceptions et d'amener une distance avec le réel : accélérer l'imaginaire du public en fait. (...) Mais il peut aussi, selon les angles et les intensités de lumières, disparaître totalement. Une proximité très crue avec le public est alors possible... Par l'utilisation du tulle, la notion de barrière dont vous parlez devient en fait très élastique : un mouvement indispensable pour le regard.

 

Olivier Hespel : La pièce qui se déroule dans ce cube noir, vous l'avez intitulée BLEU... Pourquoi ce choix ? 

Magali Milian : À cette question, la meilleure réponse serait cette phrase de Gaston Bachelard : "D'abord il n'y a rien, puis il y a un rien profond, ensuite il y a une profondeur bleue. (...)" Nous voulions également un titre simple, qui puisse être une porte d'entrée, une invitation...

Chorégraphie Magali Milian, Romuald Luydlin

Avec Magali Milian, Anna Vanneau
Musique Marc Sens
Création sonore et régie son Valérie Leroux
Création et régie lumière Denis Rateau
Création costumes Lucie Patarozzi
Collaboration dramaturgique Marie Reverdy
Scénographie Magali Milian, Romuald Luydlin, Denis Rateau
Construction structure Atelier du Théâtre de Nîmes

 

Production La Zampa

Coproduction CDC Uzès Danse, Collectif En Jeux, Scènes Croisées - Scène conventionnée de Lozère, Théâtre de Nîmes Scène conventionnée pour la Danse contemporaine, Le Périscope Nîmes, Les Sept Collines Scène conventionnée de Tulle, ICI - Centre chorégraphique national Montpellier - Occitanie / Pyrénées-Méditerranée / Direction Christian Rizzo - dans le cadre du programme « résidence croisée ».

Accueil en résidence Théâtre L’Albarède Ganges, Théâtre du Centre Français de Berlin, Le Périscope Nîmes, Les Sept Collines Scène conventionnée de Tulle, Montpellier Danse, L’Atelier des Songes Mende.

Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en Scène Languedoc-Roussillon dans le cadre de son accompagnement au Collectif En Jeux. Merci àl’Atelier Tuffery, jeans made in France depuis 1892

La Zampa est subventionnée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie / Pyrénées-Méditerranée au titre de l’Aide aux compagnies conventionnées, par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et par le Département du Gard.

CALENDRIER

// 2 avril 2020

Musée du Saut du Tarn, en collaboration avec l'ADDA du Tarn, le Centre d'Art Le LAIT et le GMEA Centre National de Création Musicale Albi - Tarn

// 21 mai 2019

Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau

// 9 mai 2019

L'Estive, Scène Nationale de Foix et de l'Ariège

// 16 janvier 2018

Les Sept Collines Scène conventionnée de Tulle

// 10 juin 2017

Uzès Danse, Centre de développement chorégraphique de l’Uzège, du Gard et du Languedoc Roussillon 

// 24 mai 2017

Le Périscope, Nîmes

  

// 16 mai 2017

Communauté des Communes Lodévois et Larzac, Lodève

 

// 22 mars 2017

Scènes Croisées de Lozère, Théâtre de Villefort 

 

// 21 mars 2017

Scènes Croisées de Lozère, Théâtre Municipal à Bagnols-les-Bains / PREMIÈRE