la zampa

magali milian romuald luydlin

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La Tombe du Plongeur (2008)


On peut aborder la nouvelle création de La Zampa en dépliant cette seule image : la tombe du plongeur. Le vide qu’affronte le plongeur au moment du saut menace de l’engloutir, de devenir sa propre tombe. C’est dans cet instant impossible à circonscrire, cette confrontation au gouffre – entre chute mortelle et éternité – que vient s’inscrire l’expérience du corps qu’explorent Magali Milian et Romuald Luydlin.

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Dans le moment d’apesanteur qui le maintient entre ciel et terre, avant sa plongée en eaux-troubles, quelque chose se révèle de ses profondeurs, de son « divin secret ». Afin de l’éprouver, ils vont lui faire traverser des moments de turbulence, de cruauté, sonder ses zones d’apnée, de suspension, d’amnésie, de chute – avec cette question : comment réintroduire un autre imaginaire du corps, l’arracher à l’investissement, à la violence de l’histoire, lui redonner une densité, une épaisseur propre ?

Sur le plateau – scindé entre un arrière-plan métallique et une étrange boîte noire – une pile d’écrans est érigée : œil mécanique qui veille, lieu de la fabrication du regard. Chez La Zampa, la fabrique du corps est toujours double : creusée dans la chair et répercutée par la vision. Les danseurs, engagés dans une désorganisation de l’espace, sont aidés d’un vidéaste, observateur actif – filtre au travers duquel les relations se créent. Agissant sur le plateau, sur les objets, les corps, il devient l’œil qui modifie, traite l’image réelle et la fait sienne. Des moniteurs sont déplacés, réorientés, fonctionnant parfois à l’unisson, laissant fuser une image – membre, bouche, visage. Comme des tableaux, ils peuvent donner une texture au corps, et dans le noir briller comme des diamants. Progressivement, l’œil panoptique perd sa centralité, son pouvoir de contrôle. Comme dans un grand monochrome dont les corps seraient le support et le pinceau, le noir envahit tout – la peau, le sol – jusqu’au vide. Inventeurs de leur propre milieu, de leur propre disparition, ils sont rendus à leur qualité de spectres minéraux – blocs de désir inflexibles.

Gilles Amalvi

 

Chorégraphie et interprétation Magali Milian et Romuald Luydlin
Assistant et vidéo Loran Chourrau
Collaboration artistique Bruno Geslin
Musique Patrick Codenys
Création lumière Pascale Bongiovanni
Réalisation et régie son Valérie Leroux
Scénographie La zampa
Construction élément décor Jacques Masliah
Interprètes dans la vidéo Sylvain Huc, Romuald Luydlin, Magali Milian
Régie générale Daniel Gimenez-Frontin

 

Partenaires

Coproduction Les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, Centre de Développement Chorégraphique Toulouse Midi-Pyrénées, Centre Chorégraphique National du Havre Haute Normandie Hervé Robbe (Accueil studio), L’Estive – Scène Nationale de Foix et de l’Ariège, Ville de Tournefeuille.

Avec le concours du Ministère de la Culture et de la Communication (DICRéAM)

Résidences Montevideo / Marseille, Cie Kelemenis / Marseille, Centre Chorégraphique National du Havre Haute-Normandie Hervé Robbe, DSN – Dieppe Scène Nationale, Ville de Tournefeuille, L’Estive – Scène Nationale de Foix et de l’Ariège

Remerciements au Théâtre du Centaure – Marseille, L’Usine – Tournefeuille, Le Groupe Merci

Pour la vidéo merci à La Ville de Toulouse

La Zampa reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des Affaires Culturelles Midi-Pyrénées (Aide aux Compagnies), de la Région Midi-Pyrénées (Aide au Projet), du Conseil Général de l’Ariège (Aide au Projet) et de la Ville de Pamiers

Presse

PARISART.COM (juin 2008)

Le couple Milian / Luydlin sait tirer parti des registres du spectaculaire pour donner à voir les différents états du corps, dans une intrigue charnelle trouble et haletante, entre rythmes effrénés et profonds apaisements.
Avec la Zampa, les corps semblent être pris au piège d’une machinerie complexe qui les entraîne à la lisère de l’absurde et de l’étrangeté. Les mouvements contournent les règles de la logique, les danseurs font du sur place, frappent et s’agitent dans le vide, s’unissent en de douces ou violentes retrouvailles dont le sens nous échappe. L’usage de la vidéo, son omniprésence sur scène abolie la soumission à une temporalité linéaire, dilatant l’espace-temps en une multitude d’écrans qui proposent une autre lecture des corps, fictionnelle et fragmentée — bouche, yeux.
Ce règne du chaos, en cela qu’aucun ordre, aucun principe ne paraît présider à son avènement, projette en nous une réelle inquiétude, un malaise, nés de notre incapacité à cerner ces phénomènes et de notre position de voyeurs, embarqués dans la violence ou la volupté de l’autre. Avec, pour couronner le tout, la présence étrange du vidéaste sur scène qui bricole les lumières, crée de nouvelles images, intervient comme un scénariste dans le déroulement du spectacle.

Il y a quelque chose du cinéma fantastique et surréaliste dans ces apparitions et disparitions soudaines, ces images décousues, qui s’imposent à nous comme des flashs oniriques en provenance de l’inconscient ou se superposent, s’étirent dans le temps, avec le différé des spectres. Les traces du passé, les souvenirs (et tout ce qu’ils pourraient contenir de violence enfuie, de fantasmes, de velléités d’être) remontent à la surface, glissent sur les peaux dénudées, se figent en des poses photographiques.

Immobile, le corps souffrant devient icône, s’adonne à de pieuses jouissances, stigmates sanguinolents et sourire complaisant. Puis du duo au solo, il libère un mouvement qui semble tirer son énergie de l’eau, du scintillement de la lumière. Un mouvement juste, magnétique, dont la forme fluide et compacte varie aux grès des flux et des ressacs numériques, sursaute ou rebondie comme exposée à des stimulations électriques. Ainsi, violent et violenté, souffrant ou jouissif, libre ou dominé, traversé de court-circuits, déformé par la lumière, le corps s’impose, dans ses réalités contemporaines, en lien avec la machine et les forces vives de la nature.

Céline PIETTRE