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Daisy Cutter (2009)


C’est d’abord un paysage lunaire, lacunaire, moléculaire. Puis quatre corps, quatre principes aléatoires lancés à travers l’espace, révélant des failles, creusant des aires de turbulence, de calme – des zones où se laisser dériver au gré des élans. Quatre silhouettes gagnées par un sentiment d’urgence – aux prises avec le vertige, le dérapage, la joie de s’élancer…

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Entraîné par les corps, agité par des voix, bousculé par des sons, l’espace se transforme : immobile comme une forêt, il devient clairière, toile d’araignée, enchevêtrement de synapses tendues, de nerfs à vifs – livrant une vision des tensions intérieures.

Daisy Cutter est une voix, est une femme, un horizon. Est un combat, une combinaison de formes. Une pièce cherchant à se rapprocher d’une lisière – qui ne serait pas celle de la violence, mais plutôt de l’avant, de l’après, de l’entre-deux : les plissements qui suivent un tremblement de terre. L’appel d’air qui précède l’explosion. Quatre femmes qui s’aventurent sur ce bord accidenté, courent jusqu’à prendre leur image de vitesse. Et laissent résonner derrière elles l’écho d’un Je suis – comme une affirmation, un défi ou une énigme – le bégaiement du sens à la surface de la peau.

Daisy Cutter est une bombe dont l’explosion ne se fait pas entendre.
Une carte du ciel aux étoiles nomades.
Un ring de boxe pour spectres combattifs.

Gilles Amalvi

 

Chorégraphie Magali Milian et Romuald Luydlin
Avec Lia Dimou, Solène Garnier, Vilma Pitrinaité, Hélène Rocheteau
Musique Patrick Codenys
Création lumière Pascale Bongiovanni
Réalisation et régie son Valérie Leroux
Video Bruno Geslin, Romain Tanguy
Scenographie Marc Lainé
Régie générale Daniel Gimenez-Frontin

 

Partenaires

Coproduction Le Théâtre de Nîmes, DSN – Dieppe Scène Nationale, le Merlan Scène Nationale à Marseille, Scène Nationale d’Albi, l’Estive – Scène Nationale de Foix et de l’Ariège, le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées

Avec le soutien de l’Association Beaumarchais/SACD

Avec le soutien du Centre de Développement Chorégraphique de Toulouse Midi-Pyrénées dans le cadre du projet « IN VIVO », GMEA – Centre National de Création Musicale d’Albi-Tarn dans le cadre de la Plateforme de recherche Virage, l’ADDA du Tarn, la Mission Départementale de la Culture de l’Aveyron et avec le partenariat du Studio de Faragous (lieu de création)

Remerciements Les Duellistes – Paris.

La Zampa reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication / Direction Régionale des Affaires Culturelles Midi-Pyrénées (Aide aux Compagnies), de la Région Midi-Pyrénées (Aide au Projet), du Conseil Général de l’Ariège (Aide au Projet) et de la Ville de Pamiers

 

Presse

LES TROIS COUPS (décembre 09)

Je suis une fleur ; je suis une bombe
Avec son titre métaphorique qui donne à la présence du corps féminin sa brutale beauté, la pièce chorégraphique « Daisy Cutter », créée à L’Odéon, à Nîmes, par la compagnie La Zampa, a produit l’effet escompté : celui de séduire le spectateur pour l’embarquer dans un lieu d’une inquiétante étrangeté.
Une forêt de tiges verticales parfaitement alignées occupe la scène. Posé sur le sol, un socle lourd en métal fige chacune d’elles tandis qu’une boule noire, à des hauteurs diverses, vient interrompre la perfection des lignes. L’esthétique est minimaliste. Mais, pour l’heure, hormis ce lieu indéfinissable, rien de dévastateur. C’est qu’il faut d’abord accoutumer le spectateur, le faire patienter aussi, avant de le dérouter. Rien de bien méchant pour commencer. Ambiance discothèque plutôt. Le corps de chaque danseuse est à son avantage. Déjà, pourtant, le regard du spectateur devient captif de ces quatre femmes, qui, dans une énergie brute, se lâchent et se déhanchent, mains rivées à la ceinture du pantalon ou les seins offerts, sans fard. C’est ensuite une course folle qui semble ne plus finir. Sur le son cristallin d’un carillon, la respiration expulsée des bouches ouvertes et le battement des pieds créent un soubassement musical. On dirait ces femmes prises dans une boîte à musique, quand survient la première collision qui modifie les trajectoires. La projection sur l’écran blanc, en fond de scène, laisse imaginer, dans des formes fluides et mouvantes, les ombres d’un combat de boxe. Ainsi, le corps se dit à la fois objet et sujet, de désir et de violence.
La suite prend des allures plus angoissantes. Le titre ne fait pas défaut, et, pour surenchérir, la musique industrielle de Patrick Codenys, membre du mythique groupe Front 242, n’est pas de reste, ainsi que les projections vidéo de Bruno Geslin et Romain Tanguy. Atmosphère fantastique, inquiétante, dérangeante, qui déclenche un subtil malaise, provoquant même une crainte manifeste chez le spectateur. Ainsi, dans les deux magnifiques offensives des ballons-projectiles. On s’attend, à tout instant, que chaque danseuse soit atteinte. Même si l’on suppose la perfection du timing, le passage si proche de la corde ou du ballon fait émerger la pensée du danger. Et, quand un ballon percute de plein fouet le dos de la danseuse, statique, au milieu de la scène, la violence du coup devient pour le spectateur lui-même une mise à l’épreuve.
Le corps est le lieu d’un affrontement qui peut tendre au plaisir.
L’espace du plateau est un ring, une forêt, un espace géographique mobile. Une belle scène, encore, fait du site un bateau en proie à une tempête quand une danseuse, déplaçant les plots métalliques, façonne un nouvel espace directionnel, constitué de lignes obliques, tandis qu’une projection enrichit la composition de lignes parallèles. Si simple et pourtant d’une belle efficacité. La projection joue du regard. Elle attire et se dérobe. Elle laisse deviner les corps et les renvoie à l’obscurité de la scène. Ainsi de ces trois corps colorés ou de la femme nue qui découvre son entrejambe qu’on laisse imaginer. Le corps est le lieu d’un affrontement qui peut tendre au plaisir. Une danseuse, harcelée par la projection d’un fluide auquel elle tente d’échapper, s’en libère et l’intègre comme force à part entière, dans une danse de derviche tourneur, transformant ce lasso lumineux en points d’énergie pure sur le front et les paumes de ses mains. Magali Milian et Romuald Luydlin, les chorégraphes de La Zampa, nous ont conté, dans un décor aussi inquiétant parfois qu’un film de Murnau, un étrange combat. « Je suis une fleur ; je suis une bombe », dit une danseuse, à l’accent slave, au terme du parcours. Ces phrases antithétiques condensent le spectacle.

Fatima MILOUDI

 

 

La Marseillaise, Nîmes (décembre 09)

Ce soir à 20h à l’Odéon, un objet chorégraphique difficilement identifiable mais qui ne manque pas d’intérêt. « Daisy Cutter », le nom d’une bombe radicale, utilisée lors de la guerre du Vietnam.
C’est le point de départ de cette création chorégraphique réglée par Magali Milian et Romuald Luydlin traitée par la compagnie la Zampa. L’exécution (c’est le cas de le dire) ne rate pas la cible et si la forme c’est du fond qui remonte à la surface, la mise en scène et la mise en mouvement ne sont pas du tout hors sujet.

Très subtilement organisé, l’espace composé de ballons portés par des tiges fluides et mouvantes est assez vite perçu comme menaçant. On pense à Pluie noire, ce film terrible d’Imamura (après Hiroshima) lorsque l’écran arrière projette des traits nombreux et verticaux bruyants. (…)

L’ensemble demande une intense concentration du spectateur à qui on demande d’encaisser ce bruit et cette fureur avant de pouvoir métaboliser pour accéder à une certaine compréhension de toutes ces successives métamorphoses avant de se réjouir rétrospectivement de cette spectaculaire et grave beauté.

 

 

La Gazette de Nîmes (décembre 09)

L’art de la collision

« Daisy Cutter », création de la Cie La zampa, chorégraphie de Magali Milian et Romuald Luydlin. Jeudi 17 et vendredi 18 décembre à 20h au Théâtre de lOdéon. Création à Nîmes.
Il fallait oser : donner à un spectacle de danse, par essence un objet artistique sensible et vivant, le nom d’une des bombes les plus meurtrières de la guerre du Viêt-nam, la daisy cutter. Les chorégraphes Magali Milian et Romuald Luydlin ont ainsi intitulé leur dernière pièce, Daisy Cutter, Faucheuse de Marguerites, en création ce jeudi au Théâtre. Un titre paradoxal qui colle bien au propos des deux artistes. « Nous parlons ici de collision, de rendez-vous inattendu, brutal et inévitable », explique Magali Milian.

Comme la bombe une fois lâchée qu’on ne peut arrêter. Ou comme un corps qui s’élance et ne peut éviter un autre corps. Et dont l’impact, la confrontation, peut être d’une grande brutalité. Sur scène, une vingtaine de tiges verticales traversent des ballons placés à différentes hauteurs, comme une pluie de bombes. Dans la lumière subtile, violente ou caressante de Pascale Bongiovanni, quatre jeunes femmes se meuvent, félines, provocantes. Elles dansent sur une musique assourdissante, courent à perdre haleine, se percutent en un clash nerveux… « Elles ne se cherchent pas, mais se ressentent, s’affrontent, vigilantes à leur propre territoire ».

Des moments de tendresse habitent parfois ces corps en mouvements. « Comme lorsque l’une d’elle parle d’un combat d’alligator, tout en couchant au sol sa compagne avec une grande douceur ». Daisy Cutter joue sur le contraste permanent entre clarté et pressentiment, beauté et violence, et laisse au spectateur le choix de se perdre dans son imaginaire.

Clairisabelle Vauconsant.