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Ils en parlent…


Le Bruit du Off

Annick et Emmanuel Bienassis
 
AVIGNON OFF : « OPIUM », LA ZAMPA PERFORMATIVE ET POLITIQUE, A LA MANUFACTURE
 

Quand la scène de la Patinoire nous livre une pépite dont elle a le secret.
La compagnie La Zampa, compagnie associée au théâtre de Nîmes, créée ce spectacle visuel et sonore de danse-théâtre-concert-performance pour la saison 2015-2016. La danseuse Magali Milian et le chorégraphe Romuald Luydlin s’associent autour du projet « Opium ». La notion de peuple leur est essentielIe.
Comment aborder ce sujet sur scène au travers de la danse ? Leurs recherches les mènent à « Du désert et des oasis » de Hannah Arendt qui sera le point de départ :
« Il s’agit là de l’extension du désert et le désert est le monde dans les conditions duquel nous nous mouvons. C’est précisément parce que nous souffrons dans les conditions du désert que nous sommes encore humains, encore intacts. Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui. » (Hannah Arendt, « Qu’est ce que la politique ? »)
La scénographie reprend le thème du désert, ce grand vide, dans lequel les corps évoluent.De part et d’autre, des installations musicales vont accompagner le spectacle en live.Le génial guitariste Marc Sens, que l’on suit depuis longtemps au travers de ses collaborations avec Rodolphe Burger, Yann Tiersen, Serge Teyssot Gay ou Bertrand Cantat, inonde le spectacle de ses sons hallucinants qu’il arrive à sortir de son instrument. Benjamin Chaval, batteur virtuose et bidouilleur sonore impressionne d’énergie. Manusound à la basse et au bidouillages électroniques de génie complète le trio de musicien. Ils livrent les substances créatives menants à la transe hypnotique.
Sur scène, quatre danseuses, Magali et Corine Milian, Sophie Lequenne et Anna Vanneau évoluent dans ce désert et créent des oasis. Le chorégraphe et chanteur Romuald Luydlin, charismatique, sans artifice, nous envoûte de ses vibrations post-punk. Corine Milian chante aussi, follement. Quant à Sophie Lequenne elle exprime ses talents de comédienne dans un jeu irréel.
Les danseuses comme possédées donnent la sensation du temps aboli. Elles se meuvent avec grâce, s’attirent, se rencontrent, se fuient, ondoient telles des volutes, roulent s’enlacent, s’étreignent. Elles nous transmettent les émotions de la vie. La comédienne au jeu parfois drôle, parfois inquiétant, rajoutent à l’illusion de cabaret de curiosités issu d’un tableau Lynchéen. Les passages puissants et impressionnants laissent parfois la place à plus de douceur, la lumière crue aux clairs obscurs. Tout se passe sur scène, du jeu au changement de costumes. Les tableaux s’enchaînent, les transitions tantôt brutales, tantôt fondues secouent ou apaisent.
Ce désert est-il tout à fait connu? Cet opus fantastique laisse au spectateur le choix de son chemin, sans guide, sans plan dans ce monde angoissant. La destination n’est pas le but, les errances sont vie. Chacun y trouve son compte.
La compagnie La Zampa réussit son pari de faire un spectacle total, exigeant qui ne peut souffrir de la compromission de ces interprètes. On se laisse emporter dans cette ambiance énigmatique et jouissive et on souhaite que ces compagnies et salles osent encore prendre le risque de casser les codes et nous permettent d’atteindre l’autre côté du mirage.

 
 

DANSER canal historique

Thomas Hahn – 14 juin 2017
 
June Events : « Opium » par La ZampaThomas Hahn
 
Enfin à Paris : La Zampa ont investi le Centquatre avec leur cabaret post-punk, chanté et dansé.
 
Opium ne cherche pas à obnubiler les sens du spectateur, mais entend plutôt répandre une odeur de soufre. Avec ses ambiances de cabaret, de poésie-action ou de concert punk, Opium procède d’irruptions et d’éruptions, à partir d’un paysage sonore et visuel apparemment apaisé.
Un poète remonté et « no future » pose son acte de paroles politisé, et il le fait avec la même verve qui surgit quand les danseuses posent leurs cuisses, rasent le sol et catapultent leurs bassins vers la verticale. Leurs gestes chorégraphiques sont incisifs comme la voix de celle, perchée en haut d’un escabeau, qui éructe des sons si étranges qu’on les croirait envoyés depuis une autre planète.
Opium commence telle une messe noire, quand quatre femmes tournent autour de la table noire qui sera ensuite leur table de maquillage. Cette table accueillera tous leurs changements de costumes, de maquillage et de coiffure, tout se faisant à vue. Amazones en terrain rimbaldien, elles se transforment en couple d’amoureuses style new burlesque, les visages grimés de rouge, ou bien en ballerine roulant des yeux comme dans un manga.
En meneur et meneuse de revue, Romuald Luydlin et Magali Milian construisent les tableaux d’Opium autour de contrastes forts entre épure et agitation, douceur et violence, humour et ambiances apocalyptiques. De tableau en tableau, le rapport danse-musique change de nature, et pourtant les deux arts ont du mal à se déclarer leur flamme.
L’équilibre et la fusion qui feraient un vrai concert chorégraphique ont du mal à trouver leurs marques dans une salle pour la danse, face à un public de danse. Il faut voir La Zampa en salle de concert, il faut boire un coup et élever sa voix de spectateur pendant que les guitares vrombissent et les danseuses défient le public…
 

Olivier Hespel

pour le festival Uzès Danse 2017
 
BLEU
 

Avec cette nouvelle création, Magali Milian et Romuald Luydlin nous invitent à expérimenter l’abstraction et à goûter « au plaisir d’entrer dans les profondeurs », pour reprendre leur expression. Car si la couleur bleue est bien leur point de départ, leur ambition n’est pas de vous emporter dans l’immensité d’un ciel sans nuages ou de vous faire humer la douceur d’une lavande : ils préfèrent envisager leur bleu comme une ultime respiration avant le noir.

À la fois cachés et exposés à l’intérieur d’un étroit cube de tulle foncé, deux corps dérivent de métamorphose en métamorphose. Dans une forte proximité avec le public, ils jouent avec les matières et les chairs, le tangible et l’à peine perceptible…

Plus troublant et mystérieux que sombre et inquiétant, leur bleu profond dessine un autre espace-temps, résolument pluriel et contrasté. Une expérience des sens. Une troublante immersion. Aussi inspirante qu’aspirante.

 

La Montagne

9 février 2017
 
« Opium » ou comment empêcher l’avancée du désert ? par Dragan PEROVIC
 

La compagnie « La Zampa » a présenté, hier soir, mercredi, une création qui  interroge la notion de peuple, de groupe et  de communauté dans un monde qui se désertifie.
Un spectacle dérangeant, narcotique et fascinant a été présenté mercredi soir sur la scène du théâtre des 7 collines. « Opium » est une création hybride où le geste artistique interroge la parole politique, à mi-chemin entre une représentation scénographique et un concert de rock.
Les chorégraphes de la compagnie la Zampa, Magali Milian et Romuald Luydlin, s’y penchent sur l’avancée du désert dans le monde et l’aridité dans les cœurs des hommes. Quatre musiciens déroulent le fil d’une partition sombre. Quatre danseuses envoûtantes évoluent dans un espace scénique glacial, dans une succession de tableaux. Le spectacle commence et se termine  par une ronde de corps indistincts autour d’une table.
Opium raconte un monde en perdition, où le vent, omniprésent, assèche tout.
La danse macabre des totalitarismes sur les vertus d’une Humanité affaiblie, n’y est plus une caricature, mais, la réalité. Les guerres font  rage, les exodes se banalisent.
« Dans les pays civilisés », les réfugiés sont accueillis comme des animaux. Les liens s’effacent. Il devient impossible de se donner la main. Il faut être ivre pour oublier le quotidien. Opium est un spectacle angoissant, notre monde aussi !

 

Nathalie Besançon

Octobre 2016
 
Opium : OVNI scénique !
 

Magali Milian et Romuald Luydlin, chorégraphes de la compagnie La Zampa, sont à l’origine de ce spectacle aussi saisissant qu’inclassable. Opium relève autant du concert rock que d’un spectacle chorégraphique, s’apparente autant à l’écriture cinématographique qu’à un cabaret expressionniste, où le geste artistique fait écho au politique. « Opium est posé afin d’y insinuer une sensation. Nous pensions à une courbe, celle de l’opiacé, entre ivresse et chute, semblable au fonctionnement de nos sociétés » nous disent les chorégraphes. Sur scène, tout concourt à la fabrique d’images d’une grande puissance évocatrice et d’une atmosphère underground envoûtante –musique, danse, chansons, textes. Le temps s’y suspend parfois, entre deux jaillissements de la musique de Nina Simone, entre ronde dansée hypnotique et masques. Transgression et divertissement, Opium parle du peuple et de l’humanité, ce grand bordel protéiforme. Opium est un « cabaret de la puissance abrasive ».
Un spectacle contre l’aridité des âmes. Saisissant.

 

Dominique Crébassol

Mars 2016
 
OPIUM
 
Oubliez les cabarets façon Folies Bergères et Crazy Horse. La version qu’en donne La Zampa rappelle plutôt celui des années 1920-30. N’est-il pas, aujourd’hui comme à l’époque, le langage scénique le mieux à même de refléter la société dans laquelle nous vivons ? Disloqué, outrancier, critique, mais aussi cruellement drôle, dramatique, performant, voire virtuose, le cabaret d’Opium fait riche avec trois fois rien, marche à un train d’enfer et fonce vers une fin qui ne promet nulle apothéose. Pièce de la maturité, Opium révèle combien la compagnie est passée maître dans son art, transgressif et divertissant, esthétique et politique.
 

DANSER canal historique

Mars 2016

 

« Opium » de La Zampa par Gérard Mayen
 
Une note musicale obsédante ondule longuement dans l’obscurité. On ne distingue que peu à peu, et à peine, quatre silhouettes qui elles aussi ondulent, agrippées dans des équilibres aux limites, autour de ce qu’on ne sait trop être une simple table ; sinon un objet bien mystérieux. On entend des phrases qui parlent de « la perte croissante du monde », de « la disparition de l’entre-deux », ou encore d’ « extension du désert ».

On saura plus tard que ces phrases sont des citations de l’austère philosophe Hannah Arendt. Mais allez danser des phrases pareilles ! A ce défi s’attache Opium, nouvelle pièce de La Zampa, compagnie associée au Théâtre de Nîmes, codirigée par Romuald Luydlin et Magali Milian. Tous deux sont sur scène, le premier entre chant, danse et performance, la seconde plus nettement danseuse.

Ils n’y sont pas seuls. Opium réunit un effectif exceptionnellement développé pour cette compagnie. Les deux précédemment mentionnés y sont rejoints par trois musiciens d’obédience rock, une autre danseuse, une chanteuse, une comédienne. Cette opulence de moyens humains entre en contradiction avec le décorum frustre du théâtre de l’Odéon à Nîmes. Et cette tension entre en résonance avec ce que cette pièce peut avoir de quasi underground.

Opium se revendique du registre du cabaret. Certes. Mais alors sans complaisance, ni rien des apprêts faciles ou scintillements factices qu’ont rattaché à son image certaines productions d’Hollywood ou de Broadway. Opium est une cabaret de la puissance abrasive. Les textes qu’on y entend ont été collectés auprès d’habitants du chef-lieu du Gard, comme autant de témoignages, micro-fictions, croquis de vie. A ces paroles, on trouve la tonalité âcre et dense qui dit l’âpreté de vies très contemporaines aujourd’hui obturées. Cela résonne fort.

Très fort s’y entend aussi la musique jouée sur scène, reprenant pour bonne part la chaleur éruptive du répertoire de Nina Simone, lancé à la rencontre de la froideur distante de la philosophie d’Arendt. Au début, on craint que le volume sonore n’étouffe la portée de la danse. Bien vite on saisit au contraire la tension féconde de cette confrontation. Le son se perçoit en épais volume, et le geste dansé s’y démène à l’assaut de tout consensus.

Une très belle installation des lumières, acides et droites, sous-tend l’atmosphère envoûtante, vénéneuse, de ce théâtre d’ors fanés pour personnages tannés. Les compositions dansées se jouent souvent en ensembles, voire à l’unisson, rejointes par la comédienne et la chanteuse, dans une tonalité alanguie, plastique, qui se dirige vers les tripes.

L’usage des masques, du grimage, la robotisation gestuelle, les changements de costumes à l’érotisme pauvre (hélas cantonné aux seuls éléments féminins quand il faut se cogner le « sans-look » balourd rétrograde masculin), creusent un écartèlement des tableaux, où les corps s’absorbent, soumis à une pression saisissante autant que délétère. Farouchement singulière, cette esthétique résonne avec force au moment d’effectuer l’étrange traversée d’un monde très improbable. Lequel semble bien n’être autre que le nôtre. Ni gai. Ni banal.
 
Spectacle commenté à partir de sa générale le 7 mars 2016 au Théâtre de l’Odéon (Nîmes).
 

LA GRANDE PARADE

13 mars 2016
 
Opium, La Zampa : « Une terrible beauté est née… » par Virginie Gossart
 
Il n’est pas si fréquent de se prendre une réjouissante claque visuelle et sonore… C’est chose faite avec ce spectacle protéiforme qu’est « Opium », nouvelle création de La Zampa, compagnie d’artistes associés au Théâtre de Nîmes pour les saisons 2015 et 2016. La Zampa, c’est un collectif fondé par Magali Milian et Romuald Luydlin, qui développe un langage chorégraphique très physique. Le projet d’Opium cherche à interroger la notion de peuple, de groupe, de communauté. Les deux fondateurs de La Zampa sont allés à la rencontre de personnes très diverses, dans une collaboration étroite avec le journaliste anthropologue Julien Cernobori et deux photographes, Soraya Hocine et Anya Tikhomirova. Ensemble, ils ont cherché à comprendre les mouvements contradictoires qui constituent notre monde et l’environnement dans lequel nous évoluons.
«(…)La perte croissante du monde, la disparition de l’entre deux.Il s’agit là de l’extension du désert, et le désert est le monde dans les conditions duquel nous nous mouvons (…).
Le danger consiste en ce que nous devenions de véritables habitants du désert et que nous nous sentions bien chez lui. » C’est par cette phrase aussi puissante qu’énigmatique d’Hannah Arendt que s’ouvre le spectacle. Elle deviendra ensuite une sorte de leitmotiv. Après la ronde lancinante de plusieurs corps aux formes indistinctes autour d’une table, dans des jeux d’ombre et de lumière très cinématographiques (on pense beaucoup à David Lynch ou au Jim Jarmush d’ Only Lovers left alive), la musique sombre et stridente d’un orchestre aux influences post-rock accompagne un groupe de danseuses singulières et charismatiques qui évoluent et s’expriment dans une ambiance de cabaret apocalyptique. Les ruptures de ton et de rythmes sont nombreuses, comme lorsque une danseuse au visage recouvert de plumes semble littéralement « jaillir » sur scène, dans des mouvements aussi saccadés que maîtrisés, créant dans le public un malaise palpable. Dans un souci de réalisme et de vérité, les artistes se changent et se maquillent au fond de la scène, sans aucun temps mort. Les éclairages et les costumes ajoutent à l’atmosphère parfois gothique d’un ensemble visuel et musical très homogène. Quelques intermèdes drôles ou absurdes viennent parfois libérer la tension, comme lorsqu’une des danseuses s’excuse longuement auprès du public d’être incapable de résister au son de la musique, secouée chaque fois de mouvements involontaires et frénétiques.
Dans ce spectacle total qui croise plusieurs formes esthétiques avec brio, le sens échappe parfois un peu : si l’on veut bien voir une articulation entre le politique, la transgression et le divertissement dans ce cabaret nouvelle génération, on ne sait pas toujours à quoi nous mènent ces interrogations sur les rapports entre individu et collectif, sur notre fonctionnement social, sur notre besoin d’ivresse pour nous extirper du réel. Peut-être ne nous mènent-elles d’ailleurs nulle part, dans une opacité volontaire, et c’est sans doute très bien ainsi. A chacun de trouver son chemin dans ce mélange de genres aussi beau qu’étrange.
 

INFERNO MAGAZINE

Février 2015
LA ZAMPA : B&B par Bruno Paternot
 
D’après La Belle et la Bête – Chorégraphie Magali Milian et Romuald Luydlin – Théâtre de Nîmes
 
Le théâtre de Nîmes, scène conventionnée pour la danse contemporaine, propose cette année à deux compagnies de créer un spectacle à destination du jeune public alors qu’elle n’en n’ont pas fait leur spécialité. Pari risqué puisque ce public spécifique, notamment en représentations scolaire, impose des particularités qui, si elle sont oubliées peuvent empêcher l’accès au spectacle (parce que trop obscur, trop désespéré, trop connoté etc.) A contrario, si on crée trop spécialement pour les enfants, d’autres écueils peuvent apparaître (niaiserie, démagogie etc.)
La Compagnie La Zampa, en résidence à Théâtre de Nîmes pour trois ans réussit à trouver l’endroit délicat du spectacle pour adultes à partir de huit ans.
B&B, c’est l’histoire de B (la Belle) et de B (la Bête). B&B, c’est l’histoire de l’humanité : en constant tiraillement entre l’animal et le réflexif, entre le naturel et le culturel, entre le masculin et le féminin, entre le représentatif et l’intime. Ce qui nous fait sortir de la Bête, c’est l’autre, c’est le pas vers l’alter, c’est la volonté de s’élever par la séduction. Et en même temps, cette séduction toute animale du paon qui fait la roue nous ramène aux instincts grégaire des atours sexuels bestiaux et instinctifs. C’est dans cette contradiction, dans cette tension entre nature et culture que tâtonne l’essence humaine montré par Magali Milian et Romuald Luydlin, co-directeurs de la compagnie.
Aux images très fortes, les enfants répondent par de très fortes réactions. Les corps sont investis, entiers et techniques pour explorer la chair, que celle-ci soit à vue ou au contraire cachée sous des peaux et tissus. Les magnifiques lumières d’Olivier Lacroze ont cette singularité fascinante de mettre l’ombre en lumière. De même, la danse met en mouvement les esprits et leur fantasmes : la belle et son obsession érotomane de l’incarnation, la bête et sa volonté infatigable de la séduction. Les atours sexuels ne sont l’apanage de la nature ni de la culture, l’être vivant, qu’il soit Belle ou Bête ne sait faire autrement que d’être en représentation, que se soit sur des talons ou sous une boule à facette.
C’est d’ailleurs ce moment qui est le moins réussi du spectacle. A la création (il n’est pas dit que cette partie ne se bonifie avec le temps), après tout une série d’images suggestives, le spectacle bascule dans une caricature de clownerie. D’un jeu cherchant l’outrancier, on ne retient que l’outré : n’est pas clown qui veut. Autant la compagnie La Zampa sait parfaitement tracer des traits signifiants, autant elle tombe très vite dans l’excès démonstratif dès qu’il s’agit de narrer la fable.
Heureusement, la fin du spectacle retrouve un peu de légèreté (et donc de puissance !) pour nous amener vers le poème visuel (toute une série de visages dessinés) et le poème sonore : « Mon corps est une cage qui m’empêche de danser avec celle que j’aime, mon esprit détient la clé ». Il n’est pas étonnant que cette compagnie de danse contemporaine se méfie du corps sans pensée, du corps pour le corps. Malgré le rire des enfants, elle aura tout interêt à se méfier aussi de la pensée sans corps, de la pensée qui s’explique trop clairement. Ces allers-retours entre entre image et parti-pris intellectuels font de La Zampa une des compagnie les plus atypique et les plus intéressante de sa génération. Alain Buffard ne s’y était pas trompé en en convoquant les interprètes pour sa reprise de Mauvais Genre. En choisissant La belle et la bête, La Zampa propose un conte, une fable à la jolie moralité antisartienne : l’humanité c’est les autres.
 

LIBÉRATION

10 octobre 2014 – La Belle Saison
 
TROIS VOEUX À EXAUCER À PESSAC par Marie-Christine Vernay
 
D’après le conte de Madame de villeneuve, B&B (B and B) est une libre interprétation de La Belle et la Bête, signée par la compagnie La Zampa et ses deux fées sorcières, Magali Milian et Romuald Luydlin. Les deux danseurs et chorégraphes s’emparent des contes, récits d’apprentissage, formateurs pour l’esprit vagabond. Les fictions apprivoisent les démons ordinaires (désirs inavoués, choix imposés, liens complexes), ceux qui hantent es têtes blondes ou noires. Pour les créateurs, “les versions originales sont toujours plus violentes que les adaptations contemporaines”. Demeure, malgré les siècles, une forme de lutte contre la cruauté de l’histoire. “Il nous faut, disent-ils, adapter et aborder l’écriture de ce conte et ses nombreux tiraillements avec la notion de promesse, celle qui est faite régulièrement pour rassurer les plus fragiles.” Ici, comme dans les contes, le chiffre 3 revient sans cesse, un trio, donc.
 

INFERNO MAGAZINE

17 février 2014
 
SPEKIES : LA ZAMPA par Bruno Paternot
 
Sur la scène, cinq sculptures, cinq blocs, cinq continents construits en couverture de survie aux reflets argentés. Un régal à éclairer, défi gourmand relevé haut la main par Pascale Bongiovanni. Au milieu de la scène de crime, un cadavre de guitare repose en paix.
On nous laisse le temps de faire connaissance avec les cinq monstres immobiles, avant que les deux monstres mouvants, la danseuse Magali Milian et le guitariste Marc Sens, entrent en scène. Le pas est frêle mais l’intention et la volonté résonnent jusque dans les caissons de basse. On entend au loin grésiller les viscères de la guitare. Plus le corps des artistes devient minéral, plus les objets deviennent vivants, plus l’espace devient charnel et s’emplit de fantômes. Tout n’est que forme, qu’elle soit intelligente ou non, elle s’anime et créée de l’image.
Cette image, et c’est la force de La Zampa : créer un sens inouï là où ne l’attend pas. Ce n’est plus la femme qui regarde son corps, mais les mains qui surveillent la tête. Le corps prend la main sur les idées et la sagesse. (…)
Le travail de Magali Milian, danseuse de ce solo à deux, est à l’image de ses précédentes interprétations : dur, clair et précis. Son pas sur pointe (de baskets) ne cherche jamais l’élévation et la grandeur mais bien la dure condition de l’homme à marcher sur les œufs de son existence : avancer, sans jamais piétiner tout en prenant le temps de se poser pour regarder le monde. Un texte (très beau et très percutant travail de Caryl Férey) égraine toutes les formes que peuvent prendre cette condition : celui qui mettrait bien le feu, celui qu’on regarde tomber, celui qui apprend à nager… La lumière alterne d’un espace à l’autre, de cour à jardin, pour créer un jeu d’ombres sur le corps des artistes, à chacun sa part de fantôme. Celui qui demande ce qu’est l’avenir? Le temps des cadavres et des fantômes est arrivé. Le temps des spectres. « Au fond, le spectre, c’est l’avenir, il est toujours à venir, il ne se présente que comme ce qui pourrait venir ou re-venir* »
 
*Jacques Derrida, Spectres de Marx (Galilée, 1993)
 

LIBERATION

vendredi 13 janvier 2012
 
« Requiem », suprême abandon par Marie-Christine Vernay
 
DANSE La compagnie La Zampa présente en tournée une oeuvre qui vacille entre inertie et résistance
En principe, le requiem suppose le repos éternel. Pourtant, la compagnie La Zampa l’interprète d’une façon moins définitive. L’histoire commence sur le bord d’une route en Ariège, où La Zampa était résidente jusqu’à son déménagement en cours à Nîmes (Gard). En voiture, Magali Milian et Romuald Luydlin, danseurs, chorégraphes et animateurs de la compagnie, aperçoivent un corps à terre, sur le bas-côté. Ils pilent et s’avancent pour venir en aide à la personne qu’ils supposent blessée. « Là, raconte Romuald Luydlin, on a vu une femme d’un certain âge allongée. Elle avait mis un écriteau : « Je dors, prière de ne pas me déranger » ». Ce qu’ils firent, tout en prenant soin de repasser plus tard pour s’assurer que tout allait bien : la dormeuse s’en était allée.
Comateux. Cette situation leur est souvent revenue à l’esprit par la suite, jusqu’à ce qu’elle devienne le sujet de leur Requiem créé en avril au Centre de Développement Chorégraphique de Toulouse (Haute-Garonne). Pas encore programmée à Paris ou Ile-de-France, cette pièce a pourtant des qualités indéniables, autant sur le plan musical que chorégraphique. L’excellent Théâtre de Nîmes, sur tous les fronts, n’a pas manqué d’inviter le spectacle et il se pourrait bien que La Zampa s’y intègre plus avant.
Ce Requiem est comme une variation du « je préfèrerais ne pas » de Bartleby, célèbre antihéros de Herman Melville. La musique de Marc Sens, à la guitare, un des fondateurs du groupe Zone Libre, est un psaume récitatif qui tend autant les cordes de l’instrument que celles, présentes sur le plateau, qui manipulent le corps, car tout ici se fait en direct. Le texte écrit par l’auteure et chanteuse de rap Casey (qui ne chante pas) appelle à la résistance autant par la colère que par l’inertie, l’absence. Son texte est comateux et lucide, en état de veille. Les deux interprètes chorégraphes sont dans la même position. Magali Milian, qui pourtant ne pèse pas lourd, semble impossible à déplacer, à remettre sur pied. Elle a perdu sa verticalité, la station debout lui est devenue une étrangeté. Romuald Luydlin, qui possède encore le langage (il dit le texte de Casey), tente de l’accompagner dans un passage étroit jusqu’à la délivrance. Mais même harnachée, soulevée par des câbles, elle pend, sans intention, sans volonté. La figure du chien, qui aboie et guide jusqu’au royaume des morts (Cerbère, Anubis, Garm…), les aide à trouver une forme de repos, pas celle du sommeil mais une autre, autrement. Sculpteur-prothésiste, Anne Leray les dévisage, les défigure en leur collant des masques canins.
Polar. Il y a beaucoup d’énergie dans ce spectacle du repos, et le groupe constitué pour l’occasion est très équilibré. Chacun a une forte personnalité mais sait aussi défendre une cause commune : le désir de faire de la scène un lieu d’invention, d’engagement et de rêve. La masse, le poids, l’inertie deviennent ici des qualités, des forces de résistance. Il paraît que ce noyau de complices va s’agrandir pour un prochain projet du collectif Les Habis Noirs. L’auteur de polar Jean-Bernard Pouy rejoint la bande. Quand au Requiem, déjà joué dans des lieux insolites comme celui de la Grotte de Niaux, il poursuit sa tournée française jusqu’en mars. Prochaines étapes à Mende et Aurillac.
 

PARISART

Juin 2008
 
LA TOMBE DU PLONGEUR / La Zampa par Céline PIETTRE, Parisart.com (Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint-Denis – Juin 2008)
 
Le couple Milian / Luydlin sait tirer parti des registres du spectaculaire pour donner à voir les différents états du corps, dans une intrigue charnelle trouble et haletante, entre rythmes effrénés et profonds apaisements.
Avec la Zampa, les corps semblent être pris au piège d’une machinerie complexe qui les entraîne à la lisère de l’absurde et de l’étrangeté. Les mouvements contournent les règles de la logique, les danseurs font du sur place, frappent et s’agitent dans le vide, s’unissent en de douces ou violentes retrouvailles dont le sens nous échappe. L’usage de la vidéo, son omniprésence sur scène abolie la soumission à une temporalité linéaire, dilatant l’espace-temps en une multitude d’écrans qui proposent une autre lecture des corps, fictionnelle et fragmentée — bouche, yeux.
Ce règne du chaos, en cela qu’aucun ordre, aucun principe ne paraît présider à son avènement, projette en nous une réelle inquiétude, un malaise, nés de notre incapacité à cerner ces phénomènes et de notre position de voyeurs, embarqués dans la violence ou la volupté de l’autre. Avec, pour couronner le tout, la présence étrange du vidéaste sur scène qui bricole les lumières, crée de nouvelles images, intervient comme un scénariste dans le déroulement du spectacle.
Il y a quelque chose du cinéma fantastique et surréaliste dans ces apparitions et disparitions soudaines, ces images décousues, qui s’imposent à nous comme des flashs oniriques en provenance de l’inconscient ou se superposent, s’étirent dans le temps, avec le différé des spectres. Les traces du passé, les souvenirs (et tout ce qu’ils pourraient contenir de violence enfuie, de fantasmes, de velléités d’être) remontent à la surface, glissent sur les peaux dénudées, se figent en des poses photographiques.
Immobile, le corps souffrant devient icône, s’adonne à de pieuses jouissances, stigmates sanguinolents et sourire complaisant. Puis du duo au solo, il libère un mouvement qui semble tirer son énergie de l’eau, du scintillement de la lumière. Un mouvement juste, magnétique, dont la forme fluide et compacte varie aux grès des flux et des ressacs numériques, sursaute ou rebondie comme exposée à des stimulations électriques. Ainsi, violent et violenté, souffrant ou jouissif, libre ou dominé, traversé de court-circuits, déformé par la lumière, le corps s’impose, dans ses réalités contemporaines, en lien avec la machine et les forces vives de la nature.
 

NY ARTS

December 2006 – Performance Mix Festival / New York
 
by Lisa Paul Streitfeld
 
La Zampa’s fully empowered female beauty shattering glass was the strongest image the New Dance Alliance concocted on the 20th anniversary of its Performance Mix Festival. The event ran over six days at Joyce SoHo with around five performances each night followed by a reception. Festival director Karen Bernard’s choices this year included theatrical performance containing any sort of movement (such as Nathalie Claude’s « Lapine-Moi » bunny hop).
A new element was the Breakfast Mix panel at Dance Theater Workshop in which Vallejo Gantner, Artistic Director of Performance Space 122, discussed curation on the cutting-edge with Tanya Calamoneri, Co-Director of The Field. In the fight for territory and career-defining branding, how are artists supposed to let down their guard to engage in fruitful
collaboration and experimentation with new mediums?
This assessment revealed the crucial role of Performance Mix in presenting experimental art born out of collaboration from nine separate cities.

On Wednesday night, for example, the New York based D Underbelly drew the audience into an examination of professional angst in an age of technology through movement (Baraka de Soleil) interacting with multimedia (Daniel Givens’ video and music). Persephone’s contemporary underground journey was explored by the Montreal-based Compagnie de la Tourmente’s with the bizarrely erotic element of an underwear clad puppet mimicking a duet’s descent into depravity.
Yet, the collaboration that delivered the cutting-edge of movement to the festival was La Zampa, a six-year old company from Toulouse formed by the male/female partnership/marriage of Magali Milian and Romuald Luydlin. In Dream On Track 1 (Milian) and Track 2 (Luydlin) the body moved into a state of transformation where the male and female energies struggle for domination and result in the precarious tension of the opposites. Saliva pouring from the mouth, perspiration trickling from the pores, in this evolution the primal energy takes over the body, which is subsequently visibly shaped by will. Ludylin, in his knee high black leather boots brought to mind Nazi repression of the feminine while demonstrating the struggle of the male to surrender to this primitive power as the beast arises from within. And Milian, after commanding attention with her shattering of theatrical glass, revealed the internal beauty of the dark feminine as she strips off her outer layer of clothing to reveal the feline beneath the human.
With elements of Butoh and the No Theater, this arresting physical passion play was reminiscent of a magnificent « Purgatorio » collaboration between Mauricio Celedon’s Teatro del Silencio and Karlik Danza Teatro that I was fortunate to experience recently in Santiago, Chile. The presentation of the boot-clad male half of the duo in the Joyce studio after Breakfast Mix was an enticing preview to the convention-shattering image of the empowered female that followed on Friday night. With these separate but integrated performances, La Zampa provided a sociology lesson blasting away at the politically correct post-structuralist view of gender which keeps academia frozen in the 20th Century. It was quite a contrast to the estrogen-drenched excerpt from The Partita Project that opened the evening on Friday that failed to excite at any level.
The access and control of the kundalini power that transformed the movement of La Zampa depicted the opposing manner that the human adapts to and utilize the primal feminine power along gender lines. The internal struggle between the opposites in the male has the tendency to be externalized in violence while the female’s inward integration results in an authentic internalized androgyny that has become hip (witness the recent issue of Men’s Fashions of the Times) through appearances.
Can any form that does not seek to articulate this divine energy consider itself a 21st Century art? Shouldn’t every artist on the planet right now be on a search for a new language of holism that will help forestall human self-destruction? The Kabalistic vision of the human body as a holistic entity in which planetary energies are released sets a standard by which the quality of art can be measured both in accessibility to the forces of nature and the human consciousness of control. La Zampa’s Dream On reveals this once elusive destination is a 21st Century reality.
The Performance Mix Festival would have left an indelible mark if it had highlighted La Zampa on opening night rather than showing the company piecemeal, so to make room for the less deserving. Democracy belongs in politics, not in art. Despite the timidity that prevented a better placement of La Zampa, and therefore a stronger 20th anniversary showing for the festival as a whole, Bernard does strikes a plus for including an international act that refuses to anything less than direct about their message.
 

DANSER

Septembre 2006 (Avignon / Théâtre des Hivernales)
 
« Corps Violents » par Agnès Izrine
 
Dans Dream On Tracks 1 et 2, Romuald Luydlin, tout comme la gestuelle, semble tout droit sorti des Possédés de Pasolini et met volontairement mal à l’aise. Là réside tout l’intérêt de ce solo qui associe narcissisme et barbarie totalitaire, laisse à réfléchir sur la perversité de tout système clos, qu’il soit individuel ou collectif. La réflexion continue avec Magali Milian qui, après avoir fait exploser une bouteille de verre, s’éclate, presque littéralement, sur scène. Ces deux solos non sans maladresses disent quelque chose de notre présent et de la façon dont notre rapport au corps et aux autres se modifie subrepticement. Ici, il ne s’agit plus de violence faite au corps, mais de corps violents. De ceux que l’on craint qu’ils n’explosent à vos côtés.